Au cœur de cette tornade vivante, il fait noir ! et les crustacés frappent, comme la grêle, visage et mains. Aucune loi ne semble régir les mouvements erratiques des crevettes liées par l’instinct de survie : disparaître dans la masse pour éviter le prédateur. Mais, quel prédateur ? Les quelques sardines qui s’évertuent à picorer de-ci de-là ? Le requin bleu qui passe au loin ? Non, la menace n’est pas à cette échelle, elle n’est même pas imaginable ! Dans les premiers instants, nous ne réalisons pas ce qui se passe : l’immense nuage de krill dans lequel nous nous étions perdus quelques minutes plus tôt, disparaît dans une gueule qui engloutit la mer. Alors nous comprenons que la baleine bleue, trop grosse, trop grande, occupait tout notre champ de vision. Alors nous distinguons, dans les tourbillons de bulles, la gorge gonflée à l’extrême, et puis cette peau gris-bleuté, sous laquelle les muscles de titan se contractent en amples ondulations. La baleine défile interminablement, 25 mètres ? 30 mètres ? Enfin, le corps s’épaissit annonçant la colossale nageoire caudale, 7 mètres d’envergure, sur laquelle nous « embarquons » un instant, avant que, d’un battement, elle propulse le monstre au loin.
François Sarano
Images du diaporama : Richard Hermann et François Sarano /Galateefilms "Océans" Jacques Perrin
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