Une bête monstrueuse faite de dos bleus-cobalt, de flancs d’acier, de nageoires taillées comme des serpes. Les grands thons rouges, épais, puissants, migrent. Ils sont des milliers qui foncent sans détours. L’eau ne les freine pas, ils sont « l’eau » ! Elle glisse sur les corps profilés comme des obus. Pas de remous, pas de turbulence. Tout est fluide, tout est hydrodynamisme. Chaque tête s’emboîte dans la nageoire en croissant de lune qui la précède. On ne discerne plus les individus dans ce tourbillon éblouissant où seules les crêtes d’or qui s’égrainent sur les dos et les yeux anthracite s’identifient dans la brillance. Le mouvement est étourdissant.Les géants qui nous croisent s’écartent à peine. Ils nous enveloppent comme le flot submerge le rocher. La force à l’état pur. Rien ne semble pouvoir les arrêter. Mais, les géants changent de cap, brutalement. Certains font même volte-face, bouleversant l’ordre implacable qui les avait porté jusque là. Barrant la trajectoire des thons, un maillage sombre s’incruste dans le bleu profond de la mer. Les thons qui refluent nous bousculent. Certains fuient vers la surface, d’autres tentent de s’échapper par le fond. Piquant verticalement, les grands poissons gagnent en vitesse. Le premier d’entre eux se heurte irrémédiablement au maillage épais de la nasse. Pas d’échappatoire. Le piège s’est refermé.L’océan entier semble prisonnier d’un filet sans limite. François Sarano
Images du diaporama : Richard Hermann /Galateefilms "Océans" Jacques Perrin
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