Ils sont des centaines rassemblés pour le festin. Les dos, les rostres, les nageoires des dauphins qui respirent semblent couvrir la mer… Pourtant, nous n’avons encore rien vu : quand Alexandre Poulichot met la caméra « polecam » dans l’eau, nous découvrons sur l’écran de contrôle qu’ils sont dix fois plus nombreux sous l’eau ! C’est de la folie. Les cétacés se gobergent de petits poissons des grands fonds totalement désorienté dans la lumière du jour. La frénésie est inouïe. Ils partagent ce fretin avec des thons à nageoires jaunes et des grandes raies mobulas qui attaquent bouche béante dans le nuage de poissons.
Les ripailles s’achevées, la fête commence : un dauphin s’élance vers le ciel comme une toupie. Il vrille sur lui même si vite que les gerbes d’eau centrifugées l’enveloppent comme une robe de mousseline. Un autre jaillit à la verticale, « vole » sur le dos et se lance dans une spirale infernale avant de retomber dans une apothéose d’écume. C’est comme s’il faisait naître d’autres dauphins acrobates. Tourbillons, salto, looping, malstroms de gouttelettes d’argent, la mer bouillonne. Jusqu’au soir, les dauphins font assaut de vélocité, de contorsions, de cabrioles pour mieux bondir vers les nuages rougeoyants. Et puis, soudain tout cesse.
Pourtant, l’un deux, comme s’il regrettait ce moment de folie, s’élève haut dans la lumière du couchant, et pour quelques secondes, le dauphin devenu oiseau laisse son ombre sur une mer d’or et d’argent.
Texte et photos François Sarano / Pascal Kobeh / Galateefilms
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